El Jardin de Dios – Tulcan – Equateur

El Jardin de Dios –  Tulcàn, Equateur, 27 Aout 2019

Petite étape à Tulcán, dans le nord de l’Equateur, à quelques kilomètres de la frontière colombienne, pour visiter un cimetière incroyable, niché au milieu d’un jardin de sculptures végétales absolument fantastiques !

Ce jardin, conçu en 1936, par Don José María Azael Franco Guerrero, chef des parcs de la municipalité de Tulcán s’étend sur un terrain de 8 hectares et compte environ 150 sculptures sur ciprès. Le parc est divisé en deux parties : « Atlar de Dios qui date de 1936 et le “Parque de los Recuerdos créer en 1987 après la mort de l’artiste. Ces sculptures vertes de formes variés, représentent aussi bien la faune et la flore du pays, que des figures inspirées de différentes civilisations (incas, aztèques, grecs, romaines ou égyptiennes).


Une belle balade esthétique et poétique dans ce surprenant labyrinthe végétal…

Puyo

Puyo – du 21 au 24 Septembre – Première approche de La Selva…

La vie fourmille sous nos pieds ! 

Pour débuter notre immersion, nous rejoignons Le Paseo de los Monos, un refuge pour les animaux victimes du trafic illégal, situé un peu à l’écart de la ville, sur un hectare de forêt indigène. Le sanctuaire héberge plus de 200 spécimens, orphelins, malades ou blessés, parmi lesquels figurent différentes espèces de singes, de reptiles, de félins, d’oiseaux et de petits mammifères. Les animaux reçoivent ici les soins nécessaires dont ils ont besoin et sont intégrés à un groupe de leur espèce dans le refuge avant d’être libérés, quand cela est possible, dans les aires protégées des parcs nationaux.

Nous décidons de bivouaquer à l’entrée de la réserve, ce qui nous permet d’observer longuement les animaux, de donner un coup de main aux volontaires et de nous promener librement au milieu de la forêt pendant plusieurs jours.

La nuit est agréable en lisière de forêt! Nous sommes bercés par le bruits des insectes, entourés de lucioles et réveillés par le piaillement des oiseaux et des singes…

Crise politique et sociale en Equateur

Jeudi 3 octobre – début des manifestations en Équateur.

Alors que nous nous apprêtons à Quitter Banos de Cuenca où nous avons passés la nuit, nous nous retrouvons bloqué par une manifestation. Les locaux nous expliquent que nous devons nous dépêcher de prendre la route avant que la grève qui débute ne nous empêche de passer. Sans trop comprendre de quoi il s’agit, nous empruntons la piste en terre qu’ils nous indiquent afin de rejoindre au plus vite la panaméricaine. Mais c’est déjà trop tard : les barrages sont en places, les manifestants font brûler des pneus au milieu de la chaussée afin de couper la circulation…

Nous partons faire quelques courses au supermarché du coin en attendant que ça se calme. Mais après s’être un peu renseigné, nous réalisons que nous ne pourrons pas aller bien loin aujourd’hui! Nous décidons donc de rebrousser chemin jusqu’aux thermes tant que c’est encore possible, et de reporter notre départ au lendemain. Nous passons l’après-midi seuls dans les piscines chaudes et en profitons pour faire une petite balade jusqu’à la jolie Église qui surplombe la ville. En fin de journée, nous apprenons que le gouvernement a annoncé ce matin une augmentation de plus de 100% sur le prix des carburants. Les transporteurs ont immédiatement appelés à une grève nationale pour s’opposer à cette hausse exorbitante. En réponse à ces protestations, le président a déclaré l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire équatorien pour une durée de 60 jours… ça n’augure rien de bon!

Vendredi 4 octobre – Déclaration de l’Etat d’urgence

Comme on nous l’a conseillé, nous nous réveillons aux aurores pour avoir une chance de passer avant que les blocages ne reprennent. Nous rejoignons la Panaméricaine sans encombre mais rencontrons rapidement un obstacle bien plus imposant que celui de la veille.

Le temps de négocier, en vain, avec les manifestants, pour essayer de se frayer un passage, un second barrage a été érigé en amont, nous empêchant de regagner notre point de départ. Nous sommes encerclés…

Par chance, nous apercevons sur iOverlander un spot de bivouac possible, dont le chemin d’accès se trouve à quelques mètres de notre position. Nous grimpons donc dans la montagne par un chemin de terre escarpé, au milieu des chevaux et des eucalyptus, et débarquons chez Paulo et son fils Pablo, des basques espagnols qui nous accueillent chaleureusement!

Paulo, en plus d’être avocat et d’œuvrer pour le recyclage des eaux usées, est un véritable passionné de cuisine… Le feeling passe donc immédiatement, et tandis que les chefs se mettent aux fourneaux, nous partons avec Zéphyr faire une belle balade à cheval. En effet, nous sommes ici dans une Finca de 80 hectares qui surplombe Cuenca. La famille équatorienne, propriétaire du domaine, est connue pour ses prouesses équestres. De père en fils, ils raflent toutes les médailles des concours hippiques! On est en donc entourés de chevaux magnifiques et de gens sympathiques et bienveillants !

Dans la soirée, les médias annoncent la levée de la grève des transporteurs, qui, suite à l’arrestation de plusieurs de leurs dirigeants et à l’accord donné par le gouvernement pour une hausse des tarifs des transports, déclarent mettre fin à leur manifestation. On part se coucher plein d’espoir!

Samedi 5 octobre – Les blocages s’intensifient

Après quelques hésitations, et suivant ses conseils de nos hôtes, nous décidons de partir en direction de la côte afin de rejoindre au plus vite le Pérou. Sur la route, le calme semble être revenu, nous quittons Cuenca au milieu des décombres.

Malheureusement, après une heure et demie de route, les choses se gâtent… Aux abords de Santa Isabel, la circulation est coupée. On aperçoit des nuages de fumée noire au loin. Les automobilistes rebroussent chemin tandis que résonnent les détonations des pétards. Un camionneur compatissant nous indique un itinéraire alternatif et on s’engage donc sur une piste en terre pour contourner le blocage.

Mais à peine un quart d’heure plus tard nous sommes de nouveau bloqué par un barrage qui nous oblige à faire demi tour. Des gars du coin nous proposent alors de nous escorter sur un chemin sinueux à travers la montagne, censé nous permettre de rejoindre la côte… on tente le coup : une pure folie!

Le paysage est superbe mais la piste, étroite et chaotique, grimpe de manière vertigineuse au milieu de la montagne. Après une demie heure de sueurs froides on se retrouve coincés face à une espèce de tranchée qui nous contraint de faire marche arrière. Même les 4×4 qui nous suivent rebroussent chemin… La manœuvre entre deux précipices est extrêmement périlleuse vu notre gabarit et la descente à pic qui s’en suit, sous la pluie, avec des freins en plein rodage, est vraiment très flippante! Après quelques heures, on finit par regagner la route principale sain et sauf… les nerfs un peu à vif tout de même! Nous retournons vers Santa Isabel pour tenter de nouveau notre chance, mais le message est clair : personne ne passera aujourd’hui par cet axe! Dépités et exténués, nous décidons donc de retourner à La Finca. Le brouillard se lève et la route vers Cuenca nous paraît cauchemardesque… A la tombée de la nuit nous arrivons chez Paulo et Pablo qui nous attendent avec un bon remontant!

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Dimanche 6 octobre – Le mouvement devient incontrôlable.

Au réveil Paulo, qui s’est levé aux aurores pour aller voir ce qui se passe, nous informe que les militaires sont en train de démanteler les barrages et d’ouvrir les routes. Il nous conseille vivement de suivre le convoi qui se dirige actuellement vers Santa Isabel pour avoir une chance de passer avant que la situation ne dégénère. En effet, tandis que les forces de l’ordre se déploient à travers le pays pour nettoyer les axes de circulation, des milliers d’indigènes en colère entament une marche de protestation pour rejoindre Quito. Nous nous hâtons donc de prendre la route! En chemin, les militaires nous confirment qu’il sont en train de rétablir l’accès vers la côte et que leurs collègues sont présents à Santa Isabel. Il nous assurent que la voie devrait être libre d’ici notre arrivée, nous filons donc avec l’idée de rejoindre la frontière au plus vite…

Arrivés à la Unión, la où se trouvait hier le barrage infranchissable, nous faisons étape dans une station service ou le pompiste, qui nous reconnaît, nous confirme que la voie est libre et que la zone est sécurisée par les forces de l’ordre. Nous continuons donc notre route.

Mais quelques kilomètres plus loin règne le chaos. En quelques minutes, c’est l’agitation, tout les véhicules font demi tour dans la précipitation, et nous invitent à faire de même. La police aussi rebrousse chemin en nous expliquant que les manifestants jettent des pierres et que les affrontements avec l’armée sont en train de dégénérer.

Nous nous arrêtons un peu plus loin pour en savoir un peu plus. Mais soudain quelqu’un crie « dépêchez vous, ils sont en train de nous encercler ». Nous démarrons au quart de tour et réussissons à passer juste à temps, avant que le barrage ne se referme derrière nous. Nous nous faufilons ensuite au milieu des jets de pierre et des pneus enflammés pour s’éloigner au plus vite du merdier…

Des dizaines de camions militaires et de bus de policiers nous rejoignent un peu plus loin. La consigne est claire : tout le monde doit faire demi-tour et retourner à Cuenca tant que la voie est libre. Nous regagnons donc notre point de départ tant bien que mal après quelques détours…

Un bon déjeuner nous attend à l’arrivée et nous passons l’après-midi à suivre l’actualité. Le blocage des routes s’intensifie et les manifestations dégénèrent de façon anarchique. Un mouvement de grève nationale sans précédent est annoncé ce mercredi… d’ici là le pays est hors de contrôle et complètement paralysé!

Lundi 7 octobre –

Nous nous laissons convaincre par Pablo, qui part travailler à Cuenca, d’aller faire un tour dans le centre. Malheureusement, nous n’irons pas bien loin, car à la sortie de la Finca, un arbre nous barre la route. Nous nous retrouvons nez à nez avec des manifestants, en marche vers la ville, armés de bâtons et de pierres et bien décidés à en découdre avec tout ceux qui ne participent pas au « Paro ».

Nous rebroussons donc chemin en vitesse en prenant soin de fermer les grilles derrière nous! Après cette vaine tentative de sortie, nous nous résignons à ne plus quitter la propriété pendant quelques jours…

En écoutant les informations, nous apprenons que des milliers d’indigènes affluent des quatre coins du pays à pied, vers Quito, la capitale, en vue du gigantesque mouvement de contestation annoncé ce mercredi. Les manifestants exigent que le président, Lenin Moreno, rétablisse les subventions sur le carburant, qui existent depuis plus de 40 ans. En effet, leur suppression brutale a entraîné, la semaine dernière, une hausse du prix à la pompe de plus de 100%, qui semble inacceptable au vue du salaire moyen. Mais le gouvernement, qui a conclu un accord avec le Fond Monétaire International et s’est engagé à supprimer ces subventions en contrepartie d’un prêt de plusieurs milliards de dollars, campe sur sa décision, affirmant qu’il n’est pas envisageable de revenir sur ces mesures économiques… Le dialogue parait impossible! L’assemblée nationale est envahie, et le président, craignant les représailles, déplace le siège du gouvernement à Guayaquil, la capitale économique du pays, où il part se réfugier. 70 000 militaires sont déployés sur le territoire : la tension est palpable! Les détonations des pétards rythment désormais notre quotidien…

Mardi 8 octobre –

La théorie du complot est avancée. Le président dénonce une “tentative de coup d’Etat” organisée par l’ancien président, Rafael Correa, et soutenue par le président Vénézuélien. Il ordonne un couvre feu autour des lieux de pouvoir tout en invitant les indigènes au dialogue. Mais du côté des opposants la colère monte et la situation dégénère : toute personne ne respectant pas le mouvement de grève est sanctionnée : lancers de pierres sur les taxis actifs et les automobilistes, agressions et vols massifs, mise à feu de pneus et blocage de toutes les routes du pays. En parallèle, plusieurs champs pétroliers, sont pris d’assaut, paralysant près de 70% de la production du pays. Le peuple refuse clairement le retour du FMI dans la politique équatorienne!

Pablo, qui a réussi à rejoindre son bureau en début d’après-midi reste bloqué à Cuenca. Il finit par rentrer à la maison vers 1h du matin, après avoir attendu pendant six heures au bord de la route et payé un pot de vin… Pendant ce temps là, à la Finca, nous profitons du blocage pour cuisinier et nous régaler… Il faut dire que Felipe, un chef italien, ami de la famille, nous a rejoint. Obligé de fermer son restaurant, situé au cœur du centre historique de Cuenca, donc quadrillé par les forces de l’ordre, il a décidé de se réfugier ici au calme jusqu’à la fin de la crise. Au menu : coques à la marinière façon basque, linguine aglio olio e peperoncino a l’italiana, les fameux gnocchi, émulsion parmesan de Sion et un bon gâteau au chocolat à la française… on se remonte le moral comme on peut!

Mercredi 9 octobre – la journée nationale de grève dégénère !

Espérant que la journée de grève nationale aboutisse à un dialogue et apaise les esprits, nous partons nous promener dans la Finca. Zéphyr se lie d’amitié avec le petit voisin de son âge tandis que nous tentons de nous changer les idées en refaisant le monde avec les uns et les autres…

A notre grand désespoir, nous apprenons en fin de journée que les manifestations ont complètement dégénérées, faisant de nombreux blessés et plusieurs morts, dont un important chef indigène… La Conaie (Confédération des nationalités indigènes d’Equateur), à rejeté le dialogue avec le gouvernement, appelant à « radicaliser les actions » de protestation. La sortie de la crise n’est pas pour demain…

Jeudi 10 octobre – l’attente

Voyant que la situation ne fait qu’empirer, nous commençons à envisager toutes les options possibles pour sortir du pays au plus vite… Le voisin nous parle d’une petite route de montagne qui rejoint la côte. Après quelques recherches, nous trouvons en effet un itinéraire à travers le parc national des Cajas qui aboutit au sud de Guayaquil, mais ça semble acrobatique : la route n’existe même pas sur Google Map! Tandis qu’on cogite Zéphyr joue. Je profite aussi de ce laps de temps pour lancer enfin la refonte du site internet de l’artiste et le cuisinier. (Merci Edouard!)

Vendredi 11 octobre –

La route qui mène à Cuenca a été réouverte ce matin et le calme semble revenue temporairement dans le centre. Nous partons donc avec nos hôtes pour faire quelques courses et se renseigner sur notre hypothétique itinéraire. Les étales du supermarché sont quasi vide mais le marché du centre historique lui est bien fourni… En effet, des avions militaires ravitaillent la ville depuis plusieurs jours mais les produits de première nécessité qu’ils amènent partent vite. En revanche, les paysans, en majorité indigène, n’ont aucune difficulté à passer les barrages pour venir vendre leurs fruits et légumes aux citadins coincés là…

Une fois nos emplettes terminées, nous partons interroger les rares transporteurs qui n’ont pas fermés boutique, sur la faisabilité de l’itinéraire que nous avons repéré. Le verdict est claire : c’est en effet la seule route ouverte pour rejoindre la côte mais elle est impraticable avec un véhicule de notre gabarit! La piste qui sillonne entre 3000 et 5000 mètres d’altitude, est souvent dans le brouillard, extrêmement étroite et dangereusement sinueuse, d’un côté la falaise et de l’autre le précipice, il n’y a apparemment aucune de marge de manœuvre, la moindre erreur est fatale… C’est donc complètement inconscient de tenter ce trajet avec nos 8m30! Un peu déçus, on laisse tomber cette option.

Pour nous réconforter, Paulo nous emmène boire une bière au mirador del Torri. Le point de vue sur la ville est superbe et nous en profitons pour faire brûler un cierge dans la petite église.

Samedi 12 octobre –

Via un forum de voyageurs nous récupérons le contact d’un passeur qui accompagne des touristes jusqu’à la frontière du Pérou, via la cordillère des andes. Une française qui a fait le trajet dans sa voiture quelques jours auparavant, nous affirme que la piste est assez large mais qu’il faut absolument être accompagnés par un indigène car il faut négocier et payer un pot de vin à chaque barrage, or il y en a apparemment beaucoup… L’option ne nous plait pas beaucoup mais vu la situation on est prêt à tout envisager pour quitter ce pays en pleine insurrection!

Il faut dire qu’aujourd’hui les affrontements ont repris de plus belle rendant l’atmosphère particulièrement explosive! Des débordements violents plongent le pays dans un terrible chaos. Tandis que la police lance des bombes lacrymogènes dans des lieux fournissant de l’aide humanitaire et utilise des fusils à plomb et des grenades pour disperser la foule, la Conaie (principale organisation indigène du pays) prend en otage dix policiers et vingt journalistes. Au même moment, la chaîne Teleamazonas est incendiée et les responsables refusent de laisser rentrer les pompiers. Le siège du journal le plus populaire du pays, El Comercio, est lui aussi attaqué et un journaliste blessé. Comme un bouquet final, le bureau de l’Inspection générale des finances prend feu et les infiltrés soupçonnés d’être à l’origine de l’incendie et de tous les dégâts qu’il a occasionnés, en profitent pour faire disparaître tous les documents de procédures judiciaires concernant la corruption de Rafael Correa, l’ancien Président. Les indigènes affirment n’avoir rien à voir dans ces attaques et la confusion règne sur l’origine exacte de certaines violences. Il semblerait que ces débordements violents soient organisés et pensés par des infiltrés étrangers, entraînés au Vénézuéla et subventionnés par Rafael Correa, avec la complicité du narcoterrorisme et de bandes criminelles. L’idée serait de faire régner le chaos pour aboutir à coup d’état qui permettrait à l’ancien président de reprendre le pouvoir. Depuis Bruxelles où il réside, ce dernier a d’ailleurs demandé à l’Assemblée nationale de convoquer des élections anticipées…

Quoiqu’il en soit, le bilan de ces onze derniers jours fait froid dans le dos : 1340 blessés, 1152 détenus et 7 morts officiels, sans compter les nombreux dégâts et l’énorme perte financière!

Heureusement, face à cette situation désastreuse, les indigènes acceptent finalement le dialogue proposé par le président, à la condition que celui ci soit diffusé publiquement en direct. Le gouvernement, quand à lui, sollicite l’ONU pour faciliter l’échange, afin de trouver une issue à la crise. Le rendez vous tant attendu est fixé au lendemain… on s’endort plein d’espoir!

Dimanche 13 octobre –

Nous partons nous promener à Cuenca en attendant le verdict… Après une longue balade au parc Paraíso ou l’ambiance familiale et bon enfant nous permet de nous détendre et d’oublier un peu les tentions de ces derniers jours, nous regagnons le centre ville pour déjeuner. Évidemment, vu le contexte actuel, les bons restaurants que nous avions repérés sont tous fermés, et les rues sont un peu désertes. Mais par chance, notre petit café préféré, El ñucallacta, est ouvert et nous y dégustons donc de délicieux cafés, issus des petits producteurs de la région, accompagnés d’un burger végétarien, d’un carrot cake et d’un gâteau fudge-peanut butter. Pas très équatorien comme menu mais réconfortant! Nous partons ensuite visiter le musée ethnographique Pumapungo, consacré au différentes ethnies du pays : parfait pour découvrir la culture et les traditions des peuples indigènes qui sont au cœur de l’actualité!

Nous regagnons la Finca en fin de journée afin de suivre le dialogue politique tant espéré. Nous prions le ciel pour que la discussion mène à une sortie de crise durable mais aussi à la levée des barrages : notre unique solution pour sortir du pays en camping-car. En effet, le fameux passeur que nous avions contacté la veille nous a informé cette après midi que le chemin en question n’était plus envisageable. La piste empruntée intensivement ces derniers jours est devenue impraticable car un pont s’est écroulé… On croise donc les doigts en s’installant, comme des millions d’équatoriens, devant notre écran.

C’est passionnant d’assister en direct à une réunion politique si décisive. Les enjeux sont énormes! En guise d’ouverture le président Moreno déclare « Frères indigènes, je vous ai toujours traités avec respect et affection » et il poursuit en guise d’excuse «Cela n’a jamais été mon intention d’affecter les secteurs les plus démunis (…), les plus pauvres». Le médiateur de l’ONU mène le dialogue avec des pincettes et s’exprime de façon extrêmement délicate afin d’éviter le moindre dérapage. La tension est bien réelle, il marche sur des œufs! La parole est donné tour à tour à chaque participant, qui expose son point de vue librement sans être interrompu car aucune réaction immédiate ne semble admise. L’heure n’est pas au débat mais bien à l’écoute des revendications et des arguments des uns et des autres. Les représentants des différents groupes indigènes, parés de leurs plus beaux costumes traditionnels, dénoncent tour à tour les abus, les violences et les injustices, commis par le gouvernement, tout en usant de nombreuses formules de politesse pour faire passer la pilule. Le porte-parole du gouvernement tente quand à lui de justifier avec bienveillance le bien fondé de ses mesures d’austérités… Après une heure de discours emplis d’émotions, le médiateur de l’ONU demande une pause de 15minutes pour que les différents acteurs puissent se consulter afin de formuler des propositions concrètes. Les journalistes sont donc invités à sortir de la salle. S’en suit alors deux longues heures de suspense : la négociation se déroule en privé tandis que le peuple patiente désespérément… Un peu avant 22h, le direct reprend et le représentant de l’ONU annonce soulagé que «Les deux parties se sont mises d’accord sur la préparation d’« un nouveau décret qui annule le décret 883 » sur le prix des carburants, et qu’ «avec cet accord la mobilisation se termine». « Les mesures appliquées dans tous nos territoires sont levées », confirme le président de la Conaie, Jaime Vargas après avoir demandé la destitution de deux ministres. « A tous ceux qui ont participé à ce processus de paix, je les remercie », conclu finalement le président Lenin Moreno. Des cris de joie résonnent dans tout le pays!!!

Ce soir les équatoriens fêtent la fin de la crise mais aussi leur « victoire ». Leur persévérance a payé, ils ont obtenu gain de cause…